Origine du nom de la Semène


La Gaule (Ptolémée)

La Gaule, d'après la Géographie de Ptolémée (IIe siècle)

Carte extraite de l'exemplaire intitulé "Parisius latinus 10764", copie exécutée à Naples pour Andrea Matteo Acquaviva, duc d'Atri, par l'atelier de Bernardo Sylvano d'Eboli en 1490.

 

ORIGINE DU NOM DE LA SEMENE

Dans son ouvrage Histoire universelle, Civile &  Ecclésiastique du pays de Forez publié en 1674, Jean Marie de la Mure, "Prêtre, Docteur en Théologie, Conseiller, Aumônier du Roy, Sacristain & Chanoine de l'Eglise Royale de Montbrison" nous procure quelques indications sur les limites  sud du Forez des Ségusiaves. Dans ces pages, il nous éclaire également sur l'étymologie de la rivière Semène, à laquelle le développement de Pont-Salomon doit tant.

 

BAS EN BASSET, LES PORTES DU VELAY

C'est donc avec beaucoup d'intérêt que nous apprenons qu'à l'époque (XVIIe), Bas (Bas en Basset, du nom propre romain de Bassus, selon La Mure) était considérée comme une paroisse du Forez, "sur l'extrémité de ce pays du côté du Velay, non loin de l'ancien château de Rochebaron".[1]

Cette situation de Bas aux marches du Forez est confirmée par l'image que se faisaient nos ancêtres de leur territoire, basée sur un antique clivage géographique, comme nous allons maintenant le découvrir.

 

LES FRONTIERES NATURELLES DU SUD DU FOREZ ET L'ORIGINE DU NOM DE SEMENE

Ainsi, quelques pages plus loin, au chapitre quinzième, Jean Marie de la Mure apporte un "éclaircissement du nom ancien qu'avaient les montagnes du pays de Forez, de Monts Cemenes". Parmi de multiples sources, il s'appuie sur les travaux de géographie de Ptolémée (IIe siècle de notre ère), qui offrent un éclairage historique  indispensable sur la perception de l'espace qu'on avait alors.

C'est pourquoi, avant d'aller plus loin, il est nécessaire de nous pencher quelques instants sur  la Gaule telle que Ptolémée la décrivait au second siècle de notre ère[2] :

 

Nous remarquons tout d'abord que, pour lui, le relief sépare clairement le pays en deux, avec au sud la Gaule Narbonnaise, déjà "Gallo-romaine" à l'époque de César, et au nord la "Gaule Chevelue". Le forez constitue donc un territoire à la jonction de ces deux espaces, point de contact entre, plus tard, langue d'Oc et langue d'Oïl. On peut repérer sur l'agrandissement ci-dessous, malgré les imprécisions et erreurs (Ptolémée vivait à Alexandrie et s'est basé sur des informations de seconde main) la mention de Lyon (Lugdu(num) sur la carte) et de Roanne (Ruduna), ainsi que du fleuve Loire (qui, sur la carte, passe à l'ouest de Ruduna !).

 

La Gaule (Ptolémée) Détail

Localisations respectives du fleuve Loire, de Roanne et de Lyon sur la carte de la Gaule d'après Ptolémée (IIe siècle de notre ère)

 

D'après la Mure qui s'appuie lui même sur l'autorité de Ptolémée, le Forez, pays des Ségusiaves (ou Ségusiens), est constitué de montagnes abritant les cités de Forum (Feurs) et Rodumna (Roanne), ayant pour nom "Mons Cemenes".

Ce qualificatif était donc utilisé il y a 1800 ans pour désigner les montagnes de notre région et, d'après la Mure, c'est la montagne "la plus spacieuse et élevée qui y soit, qui est celle qu'on nomme le mont de Pila" qui a conservé trace de ce nom.

Il explique ainsi que "du côté qui regarde ce pays de Forez, en une paroisse de ce pays même situé en la pente de ce mont, appelée de Malifaux, il sort une rivière appelée du propre nom de Cemene, laquelle ayant arrosé les extrémités de ce pays, passe en Velay, où, entre autres lieux elle arrose ce dévot désert où est située une abbaye de religieuses de l'Ordre de Citeaux, vulgairement nommée La Séauve. Puis, déjà enflée de plusieurs ruisseaux, elle passe auprès de l'ancien château et bourg d'Aurec et conserve ce nom de Cemene l'espace d'une lieue par divers détours qu'elle fait et qui la ramène en ce pays (Forez) où, à la fin, elle s'ensevelit dans le fleuve de la Loire."

Quant à l'explication étymologique, la Mure établit un parallèle avec un autre mont Cemene évoqué par Pline (Troisième livre de son histoire, chapitre quatrième), dont Strabon fait l'ancienne division entre les Gaules et la Ligurie, dans les Apennins. La Mure nous apprend que Cemene vient du Gaulois et non du latin, et constitue un terme courant pour désigner les plus hauts sommets. Pour lui, ce terme semble dérivé de Cime, qui signifie la pointe, plutôt que du latin summitas (à l'origine de "sommet"). Il poursuit en observant que les Gaulois désignaient autrefois les limites montagneuses de leur territoire par ce terme de Cimenes, terme que l'on retrouve corrompu dans le nom de Cevennes attribué au massif séparant les aquitains d'avec les Celtes.

L'origine du nom de la rivière Semène viendrait donc de là, ce qui est confirmé par son cours qui marque la limite entre Forez et Velay. Cette explication conforte  la position de Pont-Salomon en tant qu'interface entre les deux territoires…

 

R.A.

 

 


[1] Histoire universelle du Pays de Forez, édité à Lyon, chez Jean Poysuel en 1674 (reproduction publiée par les Editions Horvath en 1972) page 145.

[2] Voir illustration de cet article.