Les vitraux de l'église de Pont-Salomon

Saint Fleury (église de Pont-Salomon)

 

 PATRIMOINE : LES VITRAUX DE L’EGLISE

«  L’église d’origine, construite de mi-1867 à 1870, est plus sobre que l’édifice actuel, cette austérité s’expliquant sans doute par la volonté des principaux donateurs, la famille Dorian, de religion protestante. Pendant vingt-cinq ans, les quinze ouvertures en plein cintre de l’édifice, cinq dans le chœur, dix dans la nef, ne sont que de simples verrières, constituées de carreaux en verre blanc, comme celle qui orne la façade. C’est en 1895 (date du vitrail de Saint-Jean), que Joannès Binachon, le fils unique de Fleury Binachon le bâtisseur décédé en 1889, illumine le chœur de trois vitraux qui forment un triptyque. Au centre, l’assomption de la Vierge d’après l’assomption de Murillo, dite assomption-Soult. A droite, le vitrail de l’évangéliste Saint-Jean, avec l’aigle et le livre saint ouvert. A gauche Saint Fleury en évêque, avec la mitre et la crosse, figuré sous les traits de Fleury Binachon. Les choix de ces trois saints ne sont pas le fait du hasard, ils rendent grâce à la famille du fondateur et du bienfaiteur de la paroisse,  Fleury Binachon, à son épouse née Marie Denis, et à leur fils Joannès ou Jean. Un quatrième vitrail célèbre aussi un membre de la famille, celui représentant Saint-Antoine, l’ermite barbu du désert égyptien du IIIe siècle avec la cloche et la tête de cochon. Il est en l’honneur du beau-père de la fille aînée de Joannès Binachon, Claire, qui avait épousé le mardi 26 mai 1896 dans cette église Régis Martin, lieutenant de vaisseau (ce qui explique la présence de l’ancre marine sous la grande croix à l’entrée du choeur), un des fils d’Antoine Martin, célèbre architecte du Puy-en-Velay. D’ailleurs le vitrail est daté de ce jour (Claire est gravée sur la plus grosse des deux cloches en bronze du clocher, coulées en 1894 dans l’atelier de Fernand Farnier à Robecourt dans les Vosges ; elle en est la marraine). Seul le cinquième vitrail, à droite du chœur, daté aussi de 1896, échappe à la famille, il représente Saint-Pierre, et a été offert par le curé de la paroisse, l’abbé Boutin, le troisième après les prêtres Januel et Philippon. Les dix vitraux de la nef sont toujours réalisés deux par deux de chaque côté, pour respecter l’esthétique de l’édifice. Le vitrail SFR près de l’autel de Saint-Eloi représente l’apôtre du Velay, Saint-François Régis (Jean-François de Régis), qui porte les mêmes prénoms que Régis Martin, Jean-Régis. Daté de 1896, il est offert par ce dernier. Le vitrail en face, cassé à la base, représente la présentation du Rosaire par la Vierge au moine bénédictin Dominique, le saint patron des religieuses dominicaines de la paroisse. Suivent quatre vitraux de 1899 : Sainte Cécile, patronne des musiciens (la société de faux avait depuis le 1er octobre 1864 une société de musique) -  Saint Joseph, offert encore par l’abbé Boutin - Sainte Catherine, qui était le prénom de la quatrième fille de Joannès Binachon et d’Edith Primat, enfant décédé à l’âge de sept mois en 1885 (Marie-Catherine est gravée sur la plus petite cloche en bronze, avec les noms et prénoms de ses parents) – Sainte Elisabeth, offert par Claudius Matheron, directeur des Houillères de Dombrowwa en Russie, né à Saint-Paul-en-Cornillon, qui épouse le samedi 11 février 1899 la seconde fille de Joannès Binachon. Encore un cadeau de mariage. Les deux vitraux du fond de l’église, côté sud, Saint Paul, offert en 1901, Saint Victor, en 1902, portent les prénoms de Monsieur Reignard, né à Clamecy dans la Nièvre, le père de la donatrice, Marguerite Reignard-Preynat, qui était l’épouse de Monsieur Germain-Martin, ancien ministre (2), le frère cadet de Régis Martin. Les deux vitraux en face, côté nord, célèbrent Saint-Michel terrassant le dragon et Sainte Jeanne-d’Arc. Offerts, le premier en 1901, le second en 1902, en pleine période troublée de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ils sont un moyen de marquer la résistance en glorifiant l’Ange qui triomphe du Mal, et la future sainte (Jeanne d'Arc ne sera canonisée à Rome qu'en 1920) qui sauve la France, la fille aînée de l’Eglise. »

 

 

 

N.B. Un des peintres-verriers, Eugène Chausse, était né à Vorey-sur-Arzon le 23 mai 1852.

 

(1) Ce sont des lancettes, fenêtres ogivales de formes très allongées en plein cintre. La technique est celle du verre coloré, soufflé, peint, avec émail sur verre.

(2) La croix de Malte au-dessus du porche d’entrée, tient à son fils, Henry Germain-Martin, décédé le 10 août 1985, qui était membre d’honneur de cet Ordre.    

 Joseph Gourgaud

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 23/06/2008