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PATRIMOINE : LA NAISSANCE DE LA PAROISSE DE PONT-SALOMON
Dans l'esprit des conseillers municipaux de la jeune commune, la création de la paroisse précède la construction de l'église. Elle la favorise même, les habitants devenus paroissiens se mobiliseront davantage pour financer leur lieu de culte devenu dès lors indispensable. En réalité il n'en fut rien, et c'est même l'inverse qui se produisit. Le bâtiment inauguré en 1870, visité l'année suivante par l'évêque du Puy, Mgr Lebreton(1), devance de deux ans la paroisse créée le 24 juillet 1872. L'intérêt pour la question religieuse et pour la nomination d'un prêtre, paraît surprenant de la part d'élus à priori peu favorables au clergé. N'avaient-ils pas, par délibération du 14 août 1869, adopté à l'unanimité l'enseignement laïc et le rejet du maintien des frères maristes dans les deux écoles de garçons de la "Caserne"? Voeu d'ailleurs réalisé dès la rentrée scolaire avec la nomination par le préfet, le Comte Léo de Saint-Poncy (33e préfet), de deux instituteurs laïcs : messieurs Louis Mazat et Félix Leleu, 24 ans, originaire de Maubeuge, qui épouse le 24 avril 1870 une fille du village, Antoinette Barrellon, 18 ans, sans profession, dont le père Blaise Barrellon est contremaître des usines et conseiller municipal. La demande de création d'une paroisse, voulue et soutenue par l'usine de faux, s'explique pourtant : les relations sont particulièrement tendues -doux euphémisme- avec "son" aumônier qu'elle loge, rémunère 2 000 francs par an, à qui elle fournit le chauffage, l'éclairage, le pain et le vin de l'autel, et confie les messes chantées dans la chapelle de l'usine sise dans les sous-sols de la Caserne, à côté des salles de classe. Une lettre du directeur de la Fabrique datée du 4 août 1871 reproche ainsi à l'officiant, l'abbé Victor Véou, "son arrogance et ses impertinences, son comportement où l'intérêt prime le devoir", et se termine par : "vous êtes impossible ici. Obtenez au plus tôt votre changement". Une mutation qui serait grandement facilitée et accélérée par la création d'une paroisse et la nomination d'un prêtre officiel par le préfet. En fait, cela fait déjà plusieurs années que l'usine et son appendice civique, la commune, font le maximum administrativement et financièrement pour favoriser cette paroisse. Ils ont offert au village un cimetière, qui permettra les enterrements religieux sur place. Par délibération du 18 novembre 1866, en même temps qu'ils parlaient pour la première fois de l'emplacement de l'église, les conseillers municipaux choisissaient le terrain du futur cimetière, au lieu-dit l'Hermite, entre le Rochain et le Rossignol. La Compagnie des usines avançait, sans intérêts, la somme de 1 800 francs, jusqu'à son remboursement intégral par la commune. Le cimetière était livré aux inhumations fin octobre 1867(2). Le 17 février 1869, la commune concédait une superficie convenable pour la sépulture de personnes appartenant aux cultes non catholiques. Il est vrai que de nombreux ouvriers viennent d'Allemagne et d'Autriche. Près d'un an après la construction de l'église, celle d'un presbytère (la mairie actuelle!) était proposée le 21 août 1871 par le maire, Monsieur Fleury Binachon, directeur des usines de faux, qui soumettait au Conseil plans et devis, déjà proposés et acceptés par Mgr Lebreton lors de sa visite un mois auparavant, le 8 juillet. La préséance dit que c'est l'évêque lui-même qui a choisi le terrain. L'honneur est sauf! "Le bâtiment sera érigé à proximité de l'église neuve, sur un terrain cédé gratuitement par les usines. Le montant du devis est de 8 000 francs (près de sept fois moins que celui de l'église). Mais attendu que beaucoup d'hommes du village ont promis de faire gratuitement des journées d'hommes, de vaches et de chevaux, que d'autres offrent le bois et la pierre nécessaire, que la société s'engage à fournir les briques, les planches, portes, fenêtres et volets, le coût pour la commune sera diminué de moitié, soit 4 000 francs". Le 26 décembre 1871, l'évêque informe le Conseil Municipal que le dossier concernant l'érection d'une paroisse à Pont-Salomon vient d'être remis par lui à la Préfecture avec un avis des plus favorables, bien qu'il manque au dossier une pièce essentielle : la preuve que l'église et le presbytère appartiennent à la commune ... et non aux usines! Monsieur le maire s'engage à faire les démarches nécessaires auprès de la société... qu'il connaît bien et pour cause!
C’est à nouveau la société de faux qui vole au secours de la commune pour surmonter le dernier obstacle sur le chemin décidément bien tortueux de la création de la paroisse. Mgr l’évêque du Puy, fort satisfait de l’église, et qui vient, en cette fin d’année 1871, de remettre à la Préfecture un avis des plus favorables, soulève un ultime problème, et non des moindres : une paroisse, entité publique, a-t-elle le droit légal de gérer des bâtiments privés construits sur des terrains privés ? Il demande en conséquence que ces terrains, tout aussi bien que les deux édifices, l’église et le presbytère qui est presque achevé, soient cédés par acte authentique à la commune de Pont-Salomon qui seule doit en rester propriétaire. Il demande que par délibération spéciale, l’Assemblée Générale des actionnaires de la société de faux propriétaire autorise un des gérants à faire cette cession. Cette Assemblée Générale se réunit le 18 octobre 1871. Après une courte discussion, elle reconnaît qu’il est de l’intérêt de la société de faux qu’une paroisse soit érigée le plus tôt possible. Considérant qu’aux termes de ses statuts, les emprunts, les acquisitions, les échanges ou ventes d’immeubles d’une importance de plus de 30 000 francs ne peuvent avoir lieu qu’après soumission à l’Assemblée Générale, elle vote à l’unanimité cette dotation, et autorise Monsieur Dorian à en assurer la propriété absolue à la commune par acte notarié. Ce dernier est signé le samedi 20 janvier 1872 par Pierre-Frédéric Dorian, député au Corps Législatif, domicilié en son château de la Prairie, commune de Fraisses, qui fait don à la commune de Pont-Salomon de l’église et du terrain, avec la petite place en face de la façade principale, soit un total de 1350 m2, et du presbytère et de son jardin pour une superficie totale de 510 m2. Ce don est accepté par le Conseil municipal réuni en session extraordinaire le dimanche 21 janvier 1872. En remerciement de ses efforts, le Conseil vote à Mr Fleury Binachon, à titre de reconnaissance générale, le droit transmissible à ses descendants d’avoir gratuitement et aussi longtemps que l’église existera, un banc de quatre places près de la chapelle dédiée à la Vierge, en haut de la nef latérale droite. Plus rien ne s’oppose désormais à l’érection de la paroisse, créée le mercredi 24 juillet 1872, suivie, pour les fêtes du 15 août, de la nomination officielle par l’évêque du Puy, Mgr Lebreton, et par le préfet, Jean-Baptiste Compte de Malartic, du premier prêtre, l’abbé Januel, et d’un vicaire, l’abbé Liogier.
Les descendants de Fleury Binachon, surtout son fils unique, Joannès, ne vont pas manquer de rappeler, par des dons à l’église, le rôle éminent de leur famille. En juin 1891, soit un an et demi après son décès, est posée, toujours dans le haut de la nef latérale droite, la plaque commémorant la mémoire de Fleury Binachon et de son épouse Marie Denis. Les frais d’achat et de pose sont réglés par la famille qui, quatre ans plus tard, en 1895, offre par l’intermédiaire de Joannès, trois vitraux dans le chœur. Réalisés par le peintre-verrier, Sacreste aîné du Puy, ils représentent : Saint Fleury en évêque figuré sous les traits du directeur de l’usine, son père - l’assomption de la Vierge, d’après l’assomption de Murillo dite assomption-Soult, en l’honneur de sa mère prénommée Marie – et l’évangéliste Saint Jean avec l’aigle à ses pieds, son saint patron de baptême. Le 26 mai 1896, un mardi, est inauguré le vitrail du peintre-verrier ponot Eugène Chausse, représentant l’ermite Saint Antoine avec la cloche et le porc. Il est offert par Mr Régis Martin, qui, ce jour, se marie en l’église du village avec Claire Binachon, une des cinq filles de Joannès Binachon. Le père du nouveau marié ne se prénomme-t-il pas, Antoine, le célèbre architecte ponot ? Quant au vitrail de la nef droite, qui représente Ste Elisabeth, il est offert par Claudius Mathron, en 1899, sans doute le 11 février, jour du mariage de la deuxième fille de Joannès Binachon, Marie-Antoinette, avec Joannès Mathron (né à Saint-Paul en Cornillon), directeur des Houillères de Dombrowa-Gornieza en Russie (les prénoms dans l’état-civil peuvent varier).
(1) Monseigneur Pierre-Marc Lebreton est né à Pleven, dans les Côtes du Nord (Côtes-d'Armor) le 25 avril 1805. Il est Assistant au Trône Pontifical. Le dioscèse du Puy dépend de l'Archevêché de Bourges (dioscèses de Clermont, Limoges, St-Flour, Tulle) dont l'archevêque est, depuis le 10 décembre 1861, Mgr de La Tour d'Auvergne.
(2) Voir dans la partie la plus ancienne du cimetière la croix où est inscrit cette date : MDCCCLXVIII (1868).
Joseph Gourgaud
Extrait de « Et Pont-Salomon est né », 550 pages, par Joseph Gourgaud (inédit).
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